La rentrée a ceci de particulier qu’elle nous remet face à notre travail après quelques semaines de distance. Parfois, les questions que le rythme quotidien permettait de tenir à distance reviennent alors avec davantage de netteté. “Est-ce que j’ai encore envie d’être là ? Est-ce que ce que je fais m’intéresse toujours ? Est-ce que mon travail a encore du sens pour moi ?”
Dans les échanges que nous avons avec des candidats, ces interrogations reviennent souvent. Elles précèdent parfois une décision déjà mûrie : celle de partir. Mais elles expriment aussi quelque chose de plus diffus. Une envie d’ailleurs sans toujours savoir précisément ce que l’on espère y trouver. Et c’est peut-être là que se situe la première question à se poser. Quand le sens s’est perdu, qu’est-ce qui s’est réellement perdu ?
Le sens ne se résume pas à la mission
Dans le secteur de l’impact, nous pourrions facilement croire que la question est en partie réglée. Après tout, travailler pour une entreprise ou une association dont la mission est sociale, sociétale ou environnementale devrait naturellement donner du sens à son travail.
Dans la réalité, c’est évidemment plus complexe. On peut être profondément convaincu par la mission d’une organisation et ne plus trouver de sens à son propre rôle.Parce que l’on ne comprend plus vraiment à quoi l’on contribue. Parce que notre périmètre s’est progressivement éloigné de ce qui nous anime. Parce que l’on n’apprend plus. Parce que les relations de travail se sont détériorées. Parce que l’on manque d’autonomie ou de reconnaissance. Parce que l’organisation a changé. Ou simplement parce que nous avons changé nous-mêmes.
Le sens d’une organisation et le sens que chacun trouve dans son travail sont deux choses différentes. Et une mission, aussi inspirante soit-elle, ne compense pas indéfiniment un quotidien professionnel qui ne nous convient plus.
Partir… mais pour chercher quoi ?
Changer de travail peut évidemment être la bonne décision.
Certaines situations sont arrivées au bout de ce qu’elles pouvaient nous apporter. Certains environnements ne nous correspondent plus. Et il arrive qu’un départ soit précisément ce qui permette de retrouver de l’élan.
Mais nous observons aussi combien il est facile de commencer par chercher un nouveau poste avant d’avoir réellement identifié ce que l’on veut quitter et surtout ce que l’on veut retrouver.
Plus d’autonomie ?
Davantage d’apprentissage ?
Une relation différente avec son manager ?
Plus de responsabilités ?
Un rythme de vie plus soutenable ?
Le sentiment d’être utile ?
De la reconnaissance ?
Une équipe dans laquelle on se sent à sa place ?
Ces aspirations ne conduisent pas nécessairement au même choix. Et lorsqu’elles restent floues, le risque existe de changer d’organisation… pour retrouver quelques mois plus tard une insatisfaction assez proche de celle que l’on voulait quitter. Chercher ailleurs suppose donc peut-être, d’abord, de regarder plus précisément ce qui nous manque ici.
Le sens n’est pas figé
Nous avons parfois tendance à penser le « bon job » comme une rencontre presque définitive entre une personne et un poste. Or nos besoins professionnels évoluent.
Ce qui nous nourrissait à 25 ans ne nous nourrit pas nécessairement à 35 ou 45. Une période où nous avons envie d’apprendre, de construire et d’accélérer peut laisser place à un besoin de transmission, d’autonomie ou d’équilibre. Un poste passionnant à un moment de notre vie peut progressivement devenir trop étroit ou trop exigeant.
Et les organisations, elles aussi, se transforment : une petite équipe devient une entreprise structurée, les rôles se spécialisent, de nouveaux managers arrivent, les processus se développent, la culture évolue…
Il n’est donc pas anormal que l’équilibre trouvé quelques années auparavant ne fonctionne plus de la même manière. Mais cela signifie aussi qu’un nouveau départ n’est pas toujours la seule réponse.
Un rôle peut évoluer. Un périmètre peut être redessiné. Une conversation peut permettre de remettre de la clarté là où elle s’était perdue. De nouvelles responsabilités peuvent ouvrir un nouveau chapitre sans nécessairement changer d’organisation. À condition, évidemment, qu’il existe de part et d’autre l’envie et l’espace pour le faire.
Une question aussi pour les managers
C’est sans doute là que la quête de sens cesse d’être uniquement une affaire individuelle.
Lorsqu’un collaborateur expérimenté commence à regarder ailleurs, la première réaction consiste souvent à se demander ce qu’un autre employeur pourrait lui offrir de plus : davantage de salaire, un meilleur titre, plus de responsabilités. Mais la question pourrait être différente : Qu’est-ce qu’il ne trouve plus ici ?
Car le sens au travail ne se décrète pas dans une raison d’être, une mission ou une page « valeurs ». Il se construit aussi beaucoup plus quotidiennement : dans la possibilité de comprendre son utilité, d’avoir prise sur son travail, de progresser, d’être reconnu, de pouvoir dire ce qui ne fonctionne plus et de sentir que sa contribution compte. Cela ne signifie pas qu’une organisation puisse – ni doive – retenir tout le monde. Il y a des départs nécessaires, parfois même souhaitables. Pour la personne comme pour l’organisation. Mais entre retenir quelqu’un à tout prix et le regarder partir, il existe un espace précieux : celui de la conversation.
Avant de changer de travail, comprendre ce que l’on cherche à changer
La rentrée donne souvent envie de mouvement. Et cette envie mérite d’être écoutée. Pas nécessairement comme une injonction à partir, mais comme un signal : quelque chose demande peut-être à être interrogé. Pour les salariés et les candidats : qu’est-ce que je cherche réellement à retrouver ailleurs ?
Pour les dirigeants : qu’est-ce qui permet encore – ou ne permet plus – aux personnes qui travaillent ici de trouver du sens à ce qu’elles font ?
Parfois, la réponse conduira à un nouveau poste. Parfois, à une conversation que l’on repoussait depuis trop longtemps. Parfois, à une transformation de l’organisation ou du rôle. Car retrouver du sens dans son travail ne commence peut-être pas par changer de travail. Cela commence par comprendre ce que l’on voudrait voir changer.